TOURNOI de la PAIX

jeudi 12 mars 2009

TOURNOI de la PAIX 2002 à Karankaso-Vigué

Le foot à Karankaso-Vigué, une institution.
Une des rares activités dignes de l’effort qu’elle réclame, avec l’agriculture bien sûr.

Le résultat est à la hauteur de la motivation : l’équipe départementale a remporté à plusieurs reprises la Coupe du Haut-Commissaire qui met aux prises les équipes des 14 départements de la Province du Houet, capitale Bobo. Quant elle ne la remporte pas, elle est en finale. Sauf depuis deux ans, l’équipe n’ayant pas pris part à la compétition, à la suite d’un accident de la route d’un camion transportant joueurs et supporters, accident plusieurs fois mortel. Il parait que depuis, la Coupe n’est plus la Coupe, il lui manque l’animation qu’apportaient les nombreux supporters et accompagants des joueurs de K.V.

Dans le département lui-même, les matches entre équipes de village étaient fréquents jusqu’à des incidents ayant opposés joueurs et supporters qui en sont venus aux mains, entre deux villages distants de 20 km. Depuis, les jeunes se languissaient, les adolescentes ne savaient plus sur quels critères choisir leur futur, il était temps d’agir. Et d’agir avec discernement. C’est pourquoi la dénomination retenue fut celle de " Tournoi de la Paix " et que les équipes furent composées dans un périmètre restreint, sous contrôle des autorités coutumières et de la sagesse des anciens.

Logistique d’un tournoi et organisation africaine

" Celui qui prend des habitudes, qu’il prenne l’habitude de la paix ". C’est sous les auspices de ce proverbe bambara que fut donc placé le tournoi.

La détermination des équipes participantes fut quelque peu laborieuse, le découpage envisagé initialement ne correspondant pas aux délimitations traditionnelles des terroirs et des chefferies.

Les représentants des 8 équipes furent appelés pour une réunion de préparation le jeudi 7 février au cours de laquelle fut traduit puis distribué le règlement du tournoi et le calendrier des matches, complété en séance par un tirage au sort intégral et parfaitement transparent.

Comme un vrai tournoi les huit équipes étaient réparties en deux poules de quatre, chacune y affrontant les trois autres. A l’issue de ces 12 matches, un classement serait établi d’où ressortiraient quatre demi-finalistes qui poursuivraient le tournoi pour quatre matches de gala : deux demi-finales, un match pour la troisième place entre vaincus et une grande finale pour le plus grand prestige des villages participants.

Afin de pallier les possibles sources de contestation furent prises les dispositions suivantes :
- l’arbitrage serait renforcé (un arbitre central et deux juges de touche) et professionnalisé, c’est à dire rémunéré à sa juste valeur (250 F CFA par arbitre et par match, quelque chose comme 0,4 E) ;
- ces arbitres seraient dûment équipés : tenue noire, sifflet et sifflet de secours, drapeaux de touche à agiter en cas de problème, et cartons rouge et jaune pour contenir les excès de fougue ;
- il fut annoncé que les règles en vigueur dans les compétitions internationales seraient appliquées rigoureusement ;
- l’ensemble du déroulement du tournoi serait sous le contrôle de trois superviseurs : le responsable villageois " jeunesse et sport ", un instituteur, ancien dans la zone et apprécié de tous, et moi-même, représentant les sponsors et la neutralité extra-villageoise ;
- la composition des équipes serait laissée à la libre appréciation des responsables, l’origine des joueurs (hors village) étant une source importante de réclamation lors des tournois provinciaux, la seule restriction étant qu’un joueur ayant entamé le tournoi avec une équipe ne pourrait en rejoindre une autre par la suite.

Au cours de la réunion, fut suggérée l’organisation d’une cérémonie d’ouverture, la Coupe d’Afrique des Nations venant d’avoir lieu au Mali voisin, dans le faste et les retransmissions télévisées. Elle fut fixée à 10 heure sans bien savoir quel serait son contenu mais le principe fut adopté.

Préparation matérielle Chaque amateur de ballon sait que, malgré toute la bonne foi du monde, selon que l’on soit placé au-delà ou en deça des Pyrénées on peut juger que le ballon est passé entre les poteaux ou au dehors, sous la barre ou au-dessus. Afin d’échapper à d’interminables palabres, la confection de filets pour les cages s’avérait donc indispensable. Elle fut réalisée par de blanches mains, que l’on ne saurait soupçonner d’y avoir incorporer quelque magie profitable à l’une ou l’autre des équipes.

Des deux terrains initialement souhaités, un seul put être aménagé, l’autre espace étant occupé par l’entreposage du coton de la précédente récolte. Mesure et bornage, grâce aux mètres d’arpenteur utilisés pour la mesure des labours, tracé en creux à la houe de binage puis cendrage. Tout y était : ligne médiane, surface de réparation, surface de but, angles des poteaux de corner et l’inévitable point de pénalty.

Les irremplaçables ballons et jeux de maillots récoltés par l’association " Au long cours de la brousse " à Orléans prenaient la voie des airs pour arriver à point nommé, en compagnie des coupes et lots divers. Du matériel de sonorisation, pour présenter les équipes et informer les supporters de l’esprit du tournoi, avait pu être rassemblé grâce à différents prêts de Bobolais, noirs et blancs, sensibles aux initiatives villageoises.

Tout y était, en attente du jour J comme jeudi 14 février 2002.

L’ouverture du tournoi

Le traditionnel défilé des équipes pour une cérémonie d’ouverture n’était pas possible parce que nous ne disposions que de 5 jeux de maillots pour 8 équipes. Il fut donc retenu le principe de simples photos des équipes en maillots afin d’immortaliser la journée et de pouvoir remercier les donateurs.

La cérémonie d’ouverture se résuma donc à l’accrochage des filets, au cendrage des lignes du terrain, à l’installation de quelques tables-bancs de l’école comme tribune officielle, et au grillage de la sono, pour cause d’absence de régulateur, ce qui fit avorter le reste de la cérémonie.

Les équipes revêtirent les maillots à tour de rôle pour les pauses inaugurales et les deux équipes engagées dans le premier match purent finir de s’échauffer et de se coordonner. Ultime photographie souhaitée, celle du corps arbitral. En voulant les faire poser côte à côte pour un bon cadrage, quelle ne fut pas notre surprise de voir s’aligner de chaque côté des juges de touche les deux équipes, comme à la parade et à la télé...

Le coup d’envoi put enfin être donné, du pied du chef de village.

1er tour des matches de poule

Les deux premiers matches furent fidèles à l’image des matches d’ouverture : joueurs crispés, trop soucieux de bien faire, rigoureux et concentrés en défense, ce qui eu pour effet des scores de professionnels rodés : 1 seul but en deux confrontations, ce en faveur de l’équipe phare : le Doumba de KV1, l’équipe première du chef-lieu. Notons tout de même que deux tirs sur les poteaux ont permis de tester la solidité des cages.

Le samedi suivant, les 4 équipes de la poule B inauguraient elles-aussi de tournoi. Sans la pression de la journée d’ouverture, le jeu fut un peu plus débridé et les buts plus nombreux : 2-0 en défaveur d’une équipe, hâtivement formée pour le tournoi et qui cherchait ses points de repère, puis 2-1, victoire d’une équipe de costauds dont les joueurs mesuraient en moyenne presque une tête de plus que leurs adversaires. Ceux-ci par contre misaient sur leur rapidité et ouvraient effectivement le score le premier avant d’être rejoints puis dépassés par la supériorité physique en fin de match. Ce fut aussi le premier et seul carton jaune de ces quatre matches, pour un costaud évidemment.

La durée des mi-temps avait été fixée dans le règlement à 30 minutes, ce qui entraina une protestation des joueurs, vexés d’être ainsi pris pour des enfants, ils souhaitaient des mi-temps de 45 minutes, comme les pros. Afin de pouvoir être sûrs de jouer les deux matches par après-midi inscrits au calendrier, malgré l’inévitable retard initial pour la constitution des feuilles de match, un moyen terme fut retenu, avec des mi-temps de 35 minutes séparées par une pause de 10 minutes.

A l’issue de ce premier tour, il fut évident que la coutume exigeait un envahissement du terrain à chaque but marqué, il fut donc décidé de laisser faire la spontanéité.

2e tour des matches de poule

La semaine entre les deux tours fut mise à profit intensivement pour essayer de régler les automatismes et affûter ses arguments offensifs de toute nature. C’est ainsi que fut intercepté le grigriman d’une équipe qui traversait en cours de match le terrain avec la main fermée sur un " médicament " destiné à faire gagner son équipe. Il fut évacué sans ménagement et gardé à l’écart le temps pour son équipe de perdre le match.

Au cours d’une autre rencontre, le résultat fut plus malheureux : victime d’un choc à la tempe contre un de ses partenaires en première mi-temps, le gardien d’une équipe perdit connaissance en deuxième mi-temps alors que le jeu se disputait à l’autre bout du terrain. Il fut prestement transporté au dispensaire où il reprit rapidement tous ses esprits. Cependant, persuadés d’être victimes d’une magie maléfique, ses coéquipiers refusèrent de reprendre le match dans lequel ils étaient alors menés 1-0. Selon le règlement ils perdirent donc par forfait 3-0.

La journée de la poule B de ce deuxième tour se déroula le dimanche, non pas le samedi comme initialement prévu, puisque c’était le jour de Tabaski, les estomacs étant ce jour-là à leur optimum de remplissage de l’année, fête du mouton oblige, état de fait peu propice aux activités sportives.

3e tour des matches de poule

Les dernières journées de matches de poule furent fidèles à ce qu’elles sont dans tous les tournois du monde, alternant matches sans enjeu entre une équipe déjà qualifiée et une équipe déjà éliminée, matches âprement disputés pour une place de qualifié et calculs en vue d’arrangements satisfaisant les deux équipes confrontées. L’usage veut qu’en tel cas, l’on fasse jouer les deux matches d’une même poule à la même heure, mais encore faut-il disposer pour cela de deux terrains !

Les deux équipes de KV de la poule A auraient pu se qualifier toutes les deux pour la suite de la compétition, éliminant ainsi les rivaux du village de Sienho, en s’accordant sur un match nul. Il y eut bien un accord puisque chaque équipe marqua à son tour jusqu’à un score de 6 buts partout mais un septième but intervint avant le coup de sifflet final. Erreur de calcul ? Ou calcul politique, plus probablement, par souci de ne pas susciter de controverses.

Il y eut aussi un forfait d’entrée de match, celui de l’équipe de Nianhoué ayant déjà perdu ses deux premiers matches et effrayée par la puissance de la magie des adversaires. Deux émissaires vinrent simplement signaler le forfait et demander qu’on ne leur en tienne pas rigueur pour un éventuel futur tournoi.

Dans le match suivant, un événement inattendu surgit sous la forme de gros nuages noirs ne tardant pas à se déverser sur les 22 joueurs, 3 arbitres et centaines de spectateurs, qui s’abritèrent comme ils purent sous les feuillages puisque les acteurs ne songèrent pas un moment à interrompre la partie, malgré les marigots qui se formèrent dans les légers reliefs du terrain qu’aucune pelouse ne rendait poreuse. Glissades en série et du travail en perspective pour la femme chargée de l’entretien des maillots. Les intempéries n’épargnèrent pas les 3 superviseurs et certains y allèrent de leurs sourires et commentaires en constatant que les Blancs aussi pouvaient avoir froid sous la pluie.

Madame le Préfet, de retour au village après les funérailles de son nourrisson, vînt même honorer le tournoi de sa présence pour deux matches.

Les demi-finales

Quatre équipes restaient donc en lice à l’issue des 12 matches de poule : les Aigles de Doctioro, l’Olympic de Sienho et les équipes de deux quartiers distincts du chef-lieu, Karankaso-Vigué, le Domba de KV1 et le Yiré de KV3.

Le match de 15 heure, disputé sous une chaleur étouffante, vit la victoire de l’équipe première de KV sur les jeunes Aigles bien dépités mais ayant perdu avec les honneurs et un seul but encaissé.

Le deuxième match fut plus tendu et plus accroché, les défenses refusant de céder malgré la fatigue extrême visible pendant les prolongations. Il fallut donc recourir à une éprouvante séance de pénaltys pour déterminer le finaliste. Aussitôt la cage est prise d’assaut par les spectateurs obligeant les superviseurs à s’approcher juste derrière les tireurs de pénaltys pour suivre le bon déroulement de l’opération. Les nombreux spectateurs s’agglutinèrent alors en deux demi-cercles entre nous et les extrémités de la cage. Des ovations saluèrent chaque but et la compétition fut très serrée là aussi, le Yiré battant l’Olympic 5 tirs aux buts marqués contre 4, le jeune gardien de KV tremblant sur sa ligne, d’autant qu’il avait été touché au poignet en cours de match.

C’est d’ailleurs le seul match où il fallut improviser une infirmerie de campagne. Nifluril et Bétadine coulèrent à flot pour soigner les divers bobos. A la fin de cette séance de remise en forme physique et surtout morale (quatre " blessés " sur cinq appartenaient à l’équipe vaincue) un enfant se présenta timidement pour demander si je pouvais aussi soigner la cheville de son camarade, tordue pendant la mi-temps alors qu’il jouait avec une balle en chiffon en attendant la reprise du match !

Les finales

La petite finale pour la troisième place n’était pas perçue par ses protagonistes comme un lot de consolation mais bien comme leur match de l’année. Beaucoup d’engagement et les Aigles ouvrent le score en fin de première mi-temps grace à une tête rageuse dans la surface du n° 7 Ouattara Lassina. Ses coéquipiers défendent ensuite ce précieux acquis. L’arbitrage est un peu hésitant, certains coups de sifflet restant incompréhensibles, aux joueurs comme aux spectateurs, et c’est juste avant la fin du match que le plus surprenant intervient : un pénalty sifflé en faveur de l’équipe locale impuissante, pour une main imaginaire en dehors de la surface ! Les Aigles protestent évidemment. Bref, des problèmes en perspective. Dans la confusion qui s’ensuit, les trois superviseurs s’accordent sur le fait que rien ne justifie une telle décision. Se prenant par la main, ils quittent le banc d’école pour entrer sur le terrain, se groupent autour de l’arbitre et appellent les juges de touche pour consultation. Chacun donne son avis et réalise la source du problème : l’haleine de l’arbitre dégage des effluves alcoolisés qui l’empêchent de justifier sa décision. Par bonheur, il n’insiste pas et indique la reprise de jeu. Mais l’équipe de KV ne l’entend pas ainsi, les esprits se sont échauffés par cette occasion inespérée d’égaliser. Ils refusent de reprendre la partie pour les quatre minutes restant au temps règlementaire. Certains quittent leur maillot en même temps que le terrain, encouragés en cela par leur entraineur qui, en toute bonne foi partisane, a bel et bien vu la faute sanctionnée. Mes palabres auprès des joueurs et du capitaine restent sans effet mais mon imploration de l’entraineur et du responsable de l’équipe produisent un effet immédiat : si le superviseur/ organisateur/sponsor le demande, on reprendra la partie. Je promets en échange de laisser jouer dix minutes de plus pour laisser une chance à l’égalisation d’intervenir. Après la reprise, les esprits mettent en effet quelques minutes à s’apaiser mais le score reste inchangé. L’après-match est un peu tendu mais des poignées de main générales et l’intervention des aînés mettent fin aux polémiques. Ouf !

La grande finale s’annonce donc sous haute surveillance. Un nouvel arbitre est appelé à officier. Il s’agit d’un ancien joueur de l’équipe phare du département, ayant remporté la coupe à Bobo et n’étant originaire d’aucun des deux villages en opposition ce jour.

L’organisation autour du terrain est enfin au point, pour accueillir les visiteurs de marque venus de Bobo pour l’événement et le très nombreux public, plusieurs milliers de personnes : l’intégralité des tables bancs de l’école ont été disposés sur la longueur du terrain, côté ombragé, ainsi que les fauteuils disponibles pour les hôtes de marques (tout le bureau de l’association " Petit à Petit... ", une dizaine d’amis français, des ressortissants Vigué...), et une corde entoure tout le terrain à deux mètres des lignes, laissant le champ libre aux déplacement des juges de touche et surtout empêchant l’envahissement intempestif du terrain et préservant la vision des spectateurs massés derrière.

Un commentateur officiel est même requis et cette fois la sono fonctionne, au plus grand plaisir des spectateurs ravis des facéties de ce cultivateur connu pour ses qualités de comédien.

Les joueurs, crispés par l’enjeu et échaudés par le match de la veille, mettent plus d’énergie à ne pas encaisser de but qu’à en marquer et défendent bec et ongle leur surface de but. Les dégagements en catastrophe dans le décor sont ovationnés, même si les épineux tout proches endommagent sérieusement les ballons. Aucune erreur défensive n’intervient pour permettre l’ouverture du score et les prolongations n’y changeront rien. Un brillant 0-0 qui n’est pas sans rappeler un certain Italie-Brésil du Mondial 94 aux Etats-Unis.

Le tournoi s’achève donc par la tension extrême d’une séance de tirs aux buts. Chacun respecte la hauteur de l’événement et le terrain n’est pas envahi. Les joueurs peuvent donc venir un à un chercher la gloire ou la désolation. Chaque pénalty réussi est salué d’une ovation et c’est le dernier tir arrêté qui entraine un tourbillon de poussière, les spectateurs venant enlever le gardien de but, soulevé et lancé dans les airs comme une mariée traditionnelle.

En bonne logique, c’est l’équipe phare de KV qui remporte ce premier Tournoi de la Paix, aux dépens de l’Olympic de Sienho.

La remise des coupes

Le chef de canton est invité à remettre les coupes aux capitaines des 3 équipes victorieuses et le Président de l’association " Petit à Petit... " remet les lots, chacune des 8 équipes participantes recevant un ballon et les quatre demi-finalistes se voyant gratifiés de T-shirts, sacs-bananes, lunettes noires et porte-clefs, chacun des joueurs pouvant ainsi arborer une récompense à sa débauche d’énergie. Les discours qui s’ensuivent saluent la bonne tenue du tournoi, le respect du fair-play et s’étendent en remerciements pour les généreux donateurs français qui ont permis ces festivités.
La sensibilisation contre le SIDA initialement prévue pour la soirée a malheureusement été annulée par ses animateurs mais étant donnée la ferveur footballistique et les fêtes spontanées qui démarrent ici et là, il n’est pas sur que le public aurait été réceptif...

Au moment des serrages de main et ultimes remerciements, nombreux sont ceux qui émettent des voeux pour un nouveau tournoi l’année prochaine et certains osent même suggérer de passer à 16 équipes participantes, histoire de ressembler de plus en plus à la Coupe d’Afrique des Nations.

L’arbitrage

La qualité et l’impartialité de l’arbitrage est à souligner, résultat de l’importance accordée dans la population en général au bon déroulement du tournoi et à la passion pour le football, ainsi qu’à l’indemnité proposée, symbolique mais correcte.

Le rôle de l’arbitre s’étendait aussi à faire le spectacle, notamment lorsqu’il s’agissait de Monsieur OUATTARA Madou, cultivateur, boiteux et comédien du sifflet, accompagnant chacune de ses interventions d’amples gestes explicatifs de la sanction.

Le boucher de Goinkoro, un instituteur nouvellement affecté et une ancienne vedette de l’équipe départementale complétèrent l’équipe d’arbitrage, mais pour un tournoi ultérieur il faudrait pouvoir élargir l’équipe à des amateurs d’autres villages, les suspicions d’arbitrage " maison " ne manquant pas, bien que ce ne fut pas le cas pour un observateur neutre.

Il faudrait aussi pouvoir organiser une ou deux séances de mise au point pour les juges de touche, notamment pour bien suivre les positions de hors-jeu et enfin penser à augmenter les indemnités de match pour l’arbitre central par rapport aux juges de touche, la dépense physique étant nettement supérieure, notamment pour les matches de 15 heures en plein saison sèche.

Autour des matches

L’activité autour des matches fut aussi fort intéressante à observer. Devant l’afflux de spectateurs, tout un petit commerce s’organisa pour culminer le jour de la finale où l’on pouvait acheter sans quitter le match des yeux : de l’eau, du thé, du café, du jus de bissap, du lambourdji, des arachides, des beignets, des faros bouillis (sorte de tubercule), des bonbons, chewing-gum, cigarettes de toutes marques et même des pièces détachées de vélo pour les supporters venus de loin.

Dans les " tribunes ", chacun trouvait sa place : les " staff techniques " des équipes (entraineur, guérisseur, grigriman, aînés, porteurs d’eau...) aux côtés des superviseurs dans la partie un peu ombragée du bord de terrain, spectateurs accroupis ou debout le long des lignes, jeunes supporters derrière les buts, les femmes dans l’angle du terrain près duquel se trouve le forage, les jeunes filles circulant au gré du petit commerce et des enfants partout, assis dans la poussière le plus près possible du terrain, parfois sur les lignes.

A noter que les joueurs s’organisèrent aussi au fil du tournoi : les pieds nus aperçus au cours des premiers matches disparurent progressivement, couverts au moins de sandalettes de plage, et pour le dernier carré de matches les joueurs ont négocié le prêt de vrais chaussures appartenant à des joueurs dont les équipes étaient éliminées.

A prévoir pour un prochain tournoi : organisation humaine

Pour une première organisation et très rapide de surcroît, le tournoi s’est déroulé correctement, essentiellement grâce à Monsieur NACRO, instituteur, ancien dans le village, qui a coordonné toute l’organisation et souvent effectué lui-même ce qui aurait dû relever de comités spécifiques : un comité de jeunes pour la préparation des terrains (traçage et cendrage avant chaque journée de matches, vérification des filets), un comité pour assurer la discipline des spectateurs et grigrimen, peut-être la présence d’un infirmier muni d’une trousse de soins...

Des séances d’information préalable au tournoi, l’une pour les équipes engagées (organisation, responsabilités, ravitaillement...), l’autre pour les arbitres et juges de touche seraient fort utiles.

Enfin la mise sur pied d’une cérémonie d’ouverture permettrait de drainer plus de spectateurs encore.

A prévoir pour un prochain tournoi : organisation matérielle

Il est nécessaire de trouver un budget pour faire réaliser des cages normalisées, en tube métallique plutôt qu’en bois afin de respecter la notion de lignes droites. Les poteaux réalisés pour cette première édition du tournoi ont relativement bien tenus, deux fois seulement des réparations ont été nécessaires, mais une des barres présentait une courbure peu propice aux tirs dans la lucarne, le désagrément en étant limité au fait que les deux équipes en souffrait chacune pendant une mi-temps. Des cordages pour délimiter les abords du terrain seraient aussi fort utiles, pour la sécurité des spectateurs aussi bien que pour la circulation des juges de touche.

La disponibilité d’un jeu de maillots par équipe faciliterait grandement l’organisation, chaque équipe pouvant alors s’identifier à son maillot et en assurer la garde et le nettoyage. Cela permettrait aussi une cérémonie d’ouverture pour ambiancer un peu plus.

Du matériel de petits soins aux sportifs s’avérerait aussi fort utile, bien que personne ne se soit plaint, notamment la fameuse bombe magique bien connue des footballeurs du monde entier mais introuvable ici.

Un budget pour des primes de but ou de victoire, des trophées pour les meilleurs buteurs, ... même symboliques favoriserait la prise de risque offensive et relancerait l’intérêt des matches. La confection par des bronziers traditionnels à Bobo d’une véritable coupe, unique en son genre et bien lourde, qui serait remise en jeu chaque année serait fort appréciée.

Enfin la disponibilité d’un matériel de sonorisation sur place permettrait de rehausser l’ambiance et de glisser avant, à la mi-temps et après les matches des messages de sensibilisation, relatifs à la santé par exemple.

Pourquoi organiser un tournoi de foot ?

Un tournoi de foot entre 8 équipes de village, impliquant des jeunes de 15 à 30 ans, en culottes courtes en train de courir derrière un ballon, quel intérêt ? Dans les banlieues occidentales (septentrionales, devrait-on-dire vu d’ici) on pourrait dire " pendant ce temps-là ils ne font pas de bêtise " ! On ne peut même pas avancer cet argument, les brousses étant bien tranquilles.
De janvier à avril, c’est la saison sèche, les dernières pluies datent d’octobre, les récoltes sont engrangées, les céréales battues, l’activité est donc réduite à l’entretien des habitations et la surveillance du petit élevage domestique. Seule activité économique en vigueur : la coupe du bois et la chasse. On pourrait donc classer l’activité footballistique intensive dans la catégorie des oeuvres de préservation de l’environnement !

En dehors de cela, on peut mettre en exergue les vertus des activités sportives et particulièrement celles des sports d’équipe : entretenir la forme physique qui sera indispensable au moment des travaux champêtres, souder les jeunes par village ou quartier autour d’objectifs communs, développer les capacités d’organisation et de concertation... l’essentiel restant de participer.

De plus, un intérêt dérivé pour la menée d’activités associatives se dévoile au fil du tournoi : apprendre à connaître les interlocuteurs et les intervenants qui choisissent de s’associer à l’organisation. Voir qui peut faire quoi et comment, cela sera bien utile pour d’autres activités.

Enfin, qu’il tombe du ciel autre chose que des conseillers militaires, des évangélisateurs, des propagateurs de bonne parole, des observateurs/interrogateurs et des productivistes à tout crin, que ce soit un cadeau tout simplement, un moyen de faire la fête entre villageois, quel mal à cela ?

" Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité. " disait Thomas SANKARA dans son discours devant l’Assemblée Génarale des Nations Unies le 4 octobre 1984.

Pourquoi ne pas chercher à apporter de la joie dans ce pays, à partager de la joie, entre humains, tout simplement ?

Merci du fond du coeur pour la joie apportée...

Un grand merci à l’association " Au long cours de la brousse " d’Orléans qui a offert et acheminé jusqu’à Karankaso-Vigué pour l’ouverture du tournoi : 5 jeux de maillots, des ballons, coupes, t-shirts et sacs-banane et a aussi fourni un budget pour la tenue au quotidien du tournoi.

Merci à l’association " Petit à petit... " de Lyon pour la fourniture du budget ayant permis la logistique du tournoi : achats et confection pour les filets, achat à Bobo des maillots d’arbitres et de gardiens, réparation des ballons et planches de contreplaqué pour l’exposition des photos du tournoi, ainsi que pour le don de t-shirts et porte-clefs remis aux équipes victorieuses.

Merci à Muriel et Dominique de BOBO pour le prêt d’un groupe électrogène et la fourniture de l’essence pour son fonctionnement, ainsi que le don de lunettes de soleil.

Merci au Pastis club "Wend penga" de BOBO pour le prêt d’un ampli et d’une platine K7 ainsi qu’au Maquis " Le Géant " de BOBO pour le prêt d’enceintes.

Merci enfin à Marie-Claude et Bakari d’ORLEANS pour les tirages photos de l’ouverture du tournoi ainsi qu’à Cécile et Christophe de PARIS pour les tirages photos de la clôture et la vidéo de la finale.


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